Édition du 2 février 2026
Une 4ᵉ vague d’évaluation mondiale de la gestion intégrée en mars 2026
En mars 2026, une nouvelle évaluation internationale de la gestion de l’eau sera déposée auprès des Nations Unies, marquant la quatrième vague d’autosuivi mondial fondée sur les Objectifs de développement durable (ODD). Ces objectifs, adoptés par tous les États membres de l’Organisation des Nations Unies (ONU) en 2015, définissent un cadre commun pour mesurer les progrès vers un développement durable à l’horizon 2030. Parmi les dix-sept ODD, l’ODD 6, Eau propre et assainissement, se distingue à la fois par son urgence sociale et environnementale et par l’envergure de sa portée : il ne s’agit pas seulement d’assurer l’accès à de l’eau potable et des services d’assainissement, mais aussi d’assurer une gestion durable et intégrée des ressources en eau à tous les niveaux.
Ce qui retient particulièrement l’attention du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ), ce n’est pas seulement l’eau potable ou la qualité de l’eau — des dimensions essentielles, évidemment — mais la manière dont la gestion de l’eau est organisée et orchestrée. C’est précisément ce que mesure l’indicateur 6.5.1 des ODD : le degré de mise en œuvre de la gestion intégrée des ressources en eau (GIRE).
L’ODD 6.5.1 repose sur une définition largement reconnue de la GIRE : un processus coordonné de développement et de gestion de l’eau et des ressources connexes afin de maximiser le bien-être social et économique d’une façon équitable, sans compromettre la durabilité des écosystèmes essentiels. En ce sens, il constitue un instrument stratégique pour les décideurs et décideuses, ainsi que pour les actrices et acteurs de l’eau qui souhaitent aller au-delà des bilans classiques de projets ou de structures organisationnelles et évaluer la capacité d’un système à intégrer l’eau dans ses décisions et ses pratiques institutionnelles.
L’indicateur 6.5.1 se déploie à travers un questionnaire structuré composé de 33 questions, réparties en quatre dimensions clés : l’environnement favorable (cadres légaux et politiques), les institutions et la participation, les instruments de gestion, et le financement. Ces dimensions reflètent l’idée que la gestion durable de l’eau ne dépend pas d’un seul élément isolé — lois, données ou financement — mais de l’articulation de l’ensemble. C’est ce que signifie l’expression « gestion intégrée des ressources en eau » : plutôt que de considérer chaque usage ou secteur séparément, la GIRE vise à coordonner les politiques, les acteurs et actrices, les outils et les ressources pour qu’ils agissent de concert.
L’approche de l’ODD 6.5.1 n’est pas une notation punitive, comme dans un classement de performance. Il s’agit d’un outil d’auto-évaluation périodique, reposant sur la capacité des États à répondre à ces questions de manière transparente et documentée, puis à soumettre ces réponses aux Nations Unies. Cette évaluation, qui se répète tous les trois ans, ne vise pas simplement à produire un chiffre global, mais à documenter les stades de mise en œuvre de la GIRE et à identifier les leviers, les points de blocage et les opportunités d’amélioration.
Dans la pratique internationale, cet outil a déjà été utilisé par de nombreux pays pour structurer leur compréhension nationale de la GIRE, non seulement en termes de politiques et de réglementations, mais aussi en termes de coordination institutionnelle, de collecte et d’usage des données, et de mobilisation des ressources. Les résultats publiés en 2024 montrent, par exemple, que bien que des progrès aient été réalisés depuis 2017, le monde n’est pas encore sur la trajectoire requise pour atteindre pleinement l’objectif d’une mise en œuvre élevée de la GIRE d’ici 2030.
Pour le Québec, et plus spécifiquement pour le ROBVQ, l’intérêt de l’ODD 6.5.1 est double. D’une part, il offre un cadre structuré et internationalement reconnu pour penser la gouvernance de l’eau au-delà des frontières traditionnelles des programmes et des organisations québécoises ou canadiennes. D’autre part, il permet de mesurer des éléments qui ne sont pas couverts par les seuls indicateurs institutionnels existants, comme ceux qui évaluent les plans directeurs de l’eau ou les opérations des organismes de bassins versants. En d’autres termes, l’ODD 6.5.1 propose une analyse systémique de la gouvernance de l’eau, qui intègre les dimensions juridiques, institutionnelles, techniques et financières dans un même ensemble cohérent, en y incluant le gouvernement comme porteur et acteur principal du déploiement de la GIRE.
Cette démarche s’inscrit dans un moment particulièrement stratégique pour le Québec. Alors que le Canada est en train de préparer son rapport national pour mars 2026, il est possible de tirer parti de l’architecture méthodologique de l’ODD 6.5.1 pour produire une auto-évaluation québécoise robuste et contextualisée. Une telle démarche permettrait de documenter précisément où en est la province dans la mise en œuvre de la GIRE, et ainsi éclairer les acteurs et actrices sur l’état d’implantation au Québec. En structurant cette auto-évaluation autour de questions claires — quelles politiques soutiennent la GIRE, quelles institutions facilitent la coordination, comment les outils d’information sont utilisés, et comment le financement est mobilisé — le Québec pourrait non seulement produire un diagnostic solide, mais également poser des jalons pour un suivi longitudinal dans le temps. Et tout cela dans un cadre reconnu internationalement.
Ce suivi évaluatif, bien plus riche que les bilans traditionnels et trop souvent quantitatifs, aurait le potentiel de devenir un outil d’apprentissage collectif pour les acteurs et actrices de l’eau, les gestionnaires du secteur public et les décideurs et décideuses politiques du Québec et du Canada. En identifiant ce qui fonctionne, ce qui nécessite un renforcement, et où se situent les verrous principaux, l’indicateur 6.5.1 pourrait devenir un levier pour orienter l’action publique plutôt qu’un simple tableau de bord statistique.
À mesure que l’échéance de mars 2026 approche, le ROBVQ travaillera à clarifier cette approche d’évaluation, à la rendre opérationnelle dans le contexte québécois. Le ROBVQ souhaite partager avec les actrices et acteurs concernés cette démarche d’évaluation basée sur la méthodologie de l’ODD 6.5.1, afin qu’elle soit utile à la fois sur le plan technique et sur le plan politique. Parce que mieux comprendre l’état de la GIRE ne se résume pas à produire un score, mais à créer des conditions favorables à l’amélioration continue, à encourager la coordination et à enrichir la gouvernance de l’eau au Québec.
Sources de données :
- Rapport national du Canada (Voluntary National Review, 2023)
- Ressource officielle de l’ONU sur l’indicateur 6.5.1 (en anglais)
- Métadonnées officielles de l’ODD 6.5.1 (en anglais, document technique)
- Portail de données SDG (avec fiche 6.5.1)
- Informations officielles sur l’ODD 6 (général, ONU)
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