Édition du 2 février 2026
Lancement officiel de la Table québécoise d’expertise sur les lacs (TQEL)
Le 10 décembre 2025, à Québec, le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ), le CRE Laurentides, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) et le Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ), ont lancé officiellement la Table québécoise d’expertise sur les lacs (TQEL), dans le cadre de la mesure 2.3 du Plan national de l’eau.
Le point de départ est connu : le Québec compte plus de 90 000 lacs et environ trois millions de petits plans d’eau; quelque 2 000 lacs de villégiature sont régulièrement fréquentés ou habités. Les lacs sont associés à des bénéfices concrets — loisirs, qualité de vie, santé et bien-être — et, dans les dernières années, la fréquentation et la pression sur les rives ont augmenté, tout comme la mobilisation citoyenne autour de la protection des lacs. Dans plusieurs régions, cette mobilisation se traduit par une multiplication d’initiatives, de projets et d’outils, portés par les associations de lacs, les municipalités, les MRC, les CRE et les organismes de bassins versants (OBV).
Dans un tel contexte, la question n’est pas seulement « quoi faire », mais aussi « comment s’y retrouver » : comment partager les apprentissages, harmoniser les pratiques, et rendre l’accompagnement plus direct pour les associations et les acteurs et actrices qui souhaitent agir? C’est précisément l’espace que la TQEL vient occuper : un espace commun de concertation et d’arrimage entre expertises municipales, scientifiques, gouvernementales et associatives, avec l’objectif d’améliorer la cohérence et la pertinence de l’action en conservation des lacs à l’échelle provinciale.
La mission annoncée de la Table est volontairement centrée sur la mise en commun : soutenir l’identification des besoins prioritaires (connaissances, recherche, transfert, accompagnement), harmoniser les approches de conservation, actualiser et développer des outils et contenus de formation, et mettre en place un réseau d’organismes relais dans différentes régions, en appui aux associations de lacs. L’idée n’est pas de remplacer ce qui existe déjà sur les territoires, mais de créer un cadre de travail où les expertises peuvent s’additionner, se parler et se traduire en repères partagés (outils, messages, pratiques, critères) — un besoin déjà ressorti dans les suites du Groupe de travail Lacs (2019–2022) du Forum d’action sur l’eau, notamment à travers l’appel à « pérenniser un lieu de discussion et d’échange d’expertises » rassemblant les actrices et acteurs clés à l’échelle provinciale.
Le Groupe de travail Lacs avait mis en évidence, entre autres, l’enjeu des apports en nutriments et sédiments (installations septiques, eaux pluviales, sels de voirie, usages du territoire) et le fait qu’il est difficile de documenter chaque lac individuellement, ce qui ramène l’intérêt d’approches structurées à différentes échelles (locale, municipale, régionale, bassin versant) et d’outils d’aide à la décision, comme la modélisation. Le même état de situation souligne aussi que, depuis 2002, une part importante des connaissances sur l’eutrophisation des lacs repose sur la participation volontaire via le Réseau de surveillance volontaire des lacs (RSVL), présenté comme la principale source d’information sur l’état des lacs au Québec.
C’est dans cet esprit que le projet met de l’avant la notion d’« organismes relais ». Dans la présentation de lancement, un organisme relais est défini comme un organisme déjà existant ayant une expertise en conservation des lacs, appelé à accompagner les associations de lacs et de riverains « dans une approche cohérente avec le modèle de gouvernance de l’eau existante au Québec ». Ce réseau est pensé comme une interface pratique : un moyen d’améliorer la circulation des outils, de la vulgarisation et des repères communs, sans présumer d’une solution unique applicable partout.
Pour le ROBVQ, l’apport s’inscrit directement dans cette logique d’arrimage et son engagement dans la TQEL se réalise à travers son expertise en gestion intégrée par bassin versant. Le ROBVQ tient aussi à faire la démonstration de l’importance du transfert de connaissances et de l’accompagnement « ancrés dans les réalités régionales ». Le communiqué de presse émis lors de la journée du lancement rappelle aussi le rôle du ROBVQ comme interlocuteur privilégié du gouvernement et des partenaires provinciaux pour l’opérationnalisation de la gestion intégrée de l’eau par bassin versant au Québec. Dans le contexte de la TQEL, cela se traduit par une contribution « de cohérence » : relier les enjeux des lacs à ce qui se joue dans les bassins versants (usages du territoire, infrastructures, apports, pratiques) et aider à structurer des repères partagés qui complètent — plutôt qu’ils ne remplacent — l’expertise déjà présente sur le terrain.
Enfin, l’un des chantiers les plus concrets est celui des outils. La planification présentée lors du lancement prévoit notamment une mise à jour du guide Prendre son lac en main (2007) et la création d’une plateforme web, ainsi que l’actualisation d’un répertoire d’outils pour la protection des lacs. Cette démarche inclut donc explicitement une étape d’évaluation d’outils existants. L’enjeu, ici, est moins de produire « plus » que de rendre plus facilement repérable et mobilisable ce qui existe, avec des contenus et des pratiques mieux harmonisés, voire mis à jour.
Dans une période où les organisations doivent souvent composer avec des priorités changeantes et des contraintes réelles, la mise sur pied de la TQEL mérite d’être lue comme un geste de coordination et de collaboration : un espace qui reconnaît le travail déjà accompli par les associations de lacs et les acteurs régionaux, tout en cherchant à renforcer la mise en commun des connaissances, des outils et des façons de faire. La Table se veut d’abord un espace consultatif, orienté vers des recommandations issues de la concertation des experts et expertes qui y participent, et non un lieu de revendication politique.
En vingt ans, les efforts pour mieux comprendre et protéger la santé des lacs au Québec se sont nettement structurés, portés à la fois par la mobilisation citoyenne, l’expertise régionale et l’action publique. Dans cette continuité, la TQEL vient ajouter un point d’ancrage provincial : un espace commun pour mieux arrimer les connaissances, les outils et les pratiques entre organisations, au bénéfice de celles et ceux qui s’engagent déjà sur le terrain.
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