Équipe du GROBEC
Tempo - Édition du 3 août 2026
Photoreportage

Face à l’héritage de l’amiante, des solutions prennent forme

Alors que les enjeux liés à la qualité de l’eau et à l’héritage minier sont plus que jamais d’actualité au Québec, le projet Fleur de Lys se positionne comme une solution concrète et structurante pour le bassin versant de la rivière Bécancour. Sur le terrain, le Groupe de concertation des bassins versants de la zone Bécancour (GROBEC) poursuit un travail essentiel : documenter, analyser et comprendre les milieux afin d’orienter des interventions durables. Ce photoreportage vous plonge au cœur de cette démarche, là où chaque donnée recueillie contribue à bâtir une réponse réaliste face à un problème complexe.

Réparer l’histoire

Bottes aux pieds, pelle et tablette à la main, l’équipe du GROBEC s’en­fonce dans les milieux humides bordant la rivière Bécan­cour. Ici, chaque donnée recueillie contri­bue à mieux comprendre un terri­toire marqué par l’his­toire minière, mais surtout, à prépa­rer son avenir.

Depuis plusieurs décen­nies, les rési­dus miniers amian­tés trans­por­tés par l’eau affectent la qualité des milieux aqua­tiques en aval, accé­lé­rant notam­ment la sédi­men­ta­tion des lacs et leur eutro­phi­sa­tion.

Face à cette réalité, le projet Fleur de Lys propose une solu­tion ambi­tieuse : restau­rer les fonc­tions écolo­giques perdues lors de la modi­fi­ca­tion du tracé de la rivière Bécan­cour pour l’ex­ploi­ta­tion minière. Pour ce faire, il est envi­sagé d’ef­fec­tuer une nouvelle déri­va­tion de la rivière Bécan­cour vers la fosse de l’an­cienne mine Lac d’Amiante. Les sédi­ments pour­raient ainsi se dépo­ser au fond du lac et réduire les apports dans les plans d’eau en aval : l’étang Stater et les lacs à la Truite d’Ir­lande, William et Joseph. Cette avenue, qui ne néces­site aucune modi­fi­ca­tion aux infra­struc­tures routières exis­tantes, avait été propo­sée en 2018 par l’As­so­cia­tion pour la protec­tion du lac à la Truite d’Ir­lande suite à l’ana­lyse de plusieurs solu­tions poten­tielles.

Mais avant d’amé­na­ger, il faut connaître. Et c’est préci­sé­ment là que l’im­pli­ca­tion du GROBEC prend tout son sens.

Ancienne mine Lac d’Amiante

Ancienne mine Lac d’Amiante

Comment recon­naître un milieu humide?

Sur le terrain, l’équipe procède à la caractérisation des milieux humides selon des protocoles rigoureux. Munis de leurs outils, les spécialistes évaluent les indices permettant de confirmer la présence d’un milieu humide.

L’un des premiers gestes consiste à analyser le sol à l’aide d’une tarière. « Un des meilleurs indicateurs, c’est la présence d’une litière noire dans les 30 premiers centimètres », explique Shelby Maheux, chargée de projet PDE au GROBEC.

D’autres indices

Les obser­va­tions de végé­ta­tion viennent complé­ter l’ana­lyse : fougères, arbustes, plantes indi­ca­tri­ces… chaque espèce obser­vée aide à dres­ser le portrait écolo­gique du site.

Athyrium filix-femina, plante facultative des milieux humides

Athyrium filix-femina, plante facultative des milieux humides

Un terri­toire façonné par l’ac­ti­vité humaine

Le contraste est frappant entre les zones plus naturelles et celles profondément transformées par l’activité minière. Remblai, détournement de cours d’eau, pentes instables : autant de traces qui complexifient la lecture du territoire.

Dans certains secteurs, le sol ne fournit que peu d’indices et la végétation est difficile à interpréter, obligeant l’équipe à s’appuyer davantage sur les données géomatiques et leur expertise de terrain. C’est cette approche combinée qui permet à l’équipe du GROBEC de tirer des conclusions fiables, même dans des contextes complexes.

Le projet Fleur de Lys, la meilleure option pour protéger l’eau?

L’idéal, dans le secteur minier de Thet­ford Mines, serait assu­ré­ment de stop­per l’ap­port des rési­dus miniers amian­tés dans les cours d’eau direc­te­ment à la source. Or, les contraintes d’éro­sion, de pente et de compo­si­tion des sols limitent forte­ment les inter­ven­tions. À ce jour, aucune solu­tion tech­nique­ment fiable, sécu­ri­taire et écono­mique­ment réaliste ne permet de rete­nir effi­ca­ce­ment ces sédi­ments sur les haldes minières qui bordent la rivière Bécan­cour sur envi­ron cinq kilo­mètres. C’est dans ce contexte que le projet Fleur de Lys se démarque comme la solu­tion la plus viable.

Ce choix repose sur une logique impla­cable : lorsqu’il est diffi­cile d’éli­mi­ner une source de conta­mi­na­tion, il faut inter­ve­nir là où l’im­pact peut être effi­ca­ce­ment réduit.

Sédiments miniers rejoignant un cours d’eau. Crédit: GROBEC.

Sédiments miniers rejoignant un cours d’eau. Crédit: GROBEC.

Des données essen­tielles pour orien­ter l’ac­tion

Les données collectées sur le terrain alimenteront les prochaines étapes du projet, dont la délimitation des milieux humides et des analyses complémentaires, comme la caractérisation du carbone dans les sols.

Ce travail s’inscrit dans une démarche plus large de concertation menée par le GROBEC avec de nombreux acteurs régionaux afin d’identifier des solutions adaptées aux réalités locales.

Il est aussi à noter que d’autres études sont menées en parallèle afin de documenter le projet, notamment, l’évaluation des milieux hydriques, ainsi que des analyses de modélisation hydrosédimentaire. Un projet soumis au processus d’évaluation environnementale comme le projet Fleur de lys représente une démarche beaucoup plus complexe et exigeante qu’un projet conventionnel, tant en matière d’études, d’analyses, que d’autorisations règlementaires.

Un projet qui appelle à la mobilisation

Si le projet Fleur de Lys offre une piste de solu­tion struc­tu­rante, sa mise en œuvre repose sur des inves­tis­se­ments impor­tants.

« Personne ne nous a engagé pour effec­tuer cette étude de préfai­sa­bi­lité. Nous devons trou­ver nous-même le finan­ce­ment pour la mener à terme », explique madame Maheux. La contri­bu­tion d’en­tre­prises enga­gées repré­sente donc un levier essen­tiel pour pour­suivre les études, affi­ner les solu­tions et concré­ti­ser les aména­ge­ments envi­sa­gés.

En s’im­pliquant, ces parte­naires prennent part à une démarche concrète de restau­ra­tion des milieux aqua­tiques et de réduc­tion des impacts liés à l’hé­ri­tage minier.

Shelby Maheux, chargée de projet PDE au GROBEC

Shelby Maheux, chargée de projet PDE au GROBEC

Agir aujour­d’hui pour les milieux de demain

Le projet Fleur de Lys illustre bien la complexité des enjeux liés à l’héritage minier, mais aussi le potentiel de solutions structurantes lorsqu’elles sont appuyées par une connaissance fine du milieu.

Sur le terrain, chaque point d’échantillonnage rapproche un peu plus les acteurs d’une intervention éclairée. Parce que transformer durablement un territoire, ça commence toujours par mieux le comprendre.

Un projet porté par la collaboration

Le projet Fleur de Lys est rendu possible grâce à l’en­ga­ge­ment de nombreux parte­naires et bailleurs de fonds qui partagent une vision commune : proté­ger la qualité de l’eau et restau­rer les milieux natu­rels touchés par l’hé­ri­tage minier.

La prépa­ra­tion du projet a notam­ment été réali­sée avec l’aide du Fonds muni­ci­pal vert, un fonds financé par le gouver­ne­ment du Canada et admi­nis­tré par la Fédé­ra­tion cana­dienne des muni­ci­pa­li­tés. Le projet béné­fi­cie égale­ment du soutien du Programme de restau­ra­tion et de créa­tion de milieux humides et hydriques (PRCMHH). Cette parti­ci­pa­tion finan­cière du gouver­ne­ment du Québec s’ins­crit dans la mise en œuvre de la Loi concer­nant la conser­va­tion des milieux humides et hydriques adop­tée en 2017.

Enfin, cette démarche s’ap­puie aussi sur la contri­bu­tion précieuse de nombreux parte­naires entre­pre­neu­riaux, muni­ci­paux et asso­cia­tifs dont Grani­lake, l’Ob­ser­va­toire natio­nal de l’amiante (ONA), les MRC des Appa­laches et de L’Érable, les muni­ci­pa­li­tés de Thet­ford Mines, Saint-Joseph-de-Cole­raine, Irlande, Saint-Ferdi­nand, Inver­ness et Saint-Pierre-Baptiste, ainsi que l’As­so­cia­tion pour la protec­tion du lac à la Truite d’Ir­lande et l’As­so­cia­tion des rive­raines et rive­rains du lac Joseph. Merci!

Ancienne mine Lac d’Amiante. Crédit: GROBEC

Ancienne mine Lac d’Amiante. Crédit: GROBEC