Le mot du président
Les données sur l’eau : un pilier essentiel pour décider et agir collectivement
L’année dernière, plusieurs stations de prise de données du Réseau-rivières, un outil essentiel pour la surveillance et la gestion des ressources en eau au Québec, ont été mises sur pause. Malheureusement, cette situation risque de se répéter en 2026, soulevant des inquiétudes quant à la continuité des efforts de suivi environnemental.
Elle rappelle surtout à quel point la connaissance demeure au cœur d’une gestion responsable de l’eau au Québec: pour protéger durablement nos rivières, nos lacs et nos milieux aquatiques, il faut d’abord bien les connaître. Cette connaissance passe par des données fiables, continues et comparables dans le temps. Elle est au cœur des décisions publiques, de la planification territoriale et de l’action collective menée sur le terrain.
Dans un contexte de changements climatiques, cette réalité devient encore plus incontournable. Le comportement des cours d’eau évolue, les événements extrêmes se multiplient et les pressions sur les milieux aquatiques se transforment. Plus que jamais, nous avons besoin de données de qualité pour comprendre ces changements, en mesurer les impacts et adapter nos actions en conséquence.
Le Réseau-rivières s’inscrit depuis longtemps dans cette logique. Il constitue un outil structurant pour le suivi de la qualité de l’eau au Québec. Grâce à des méthodes standardisées et à une couverture territoriale cohérente, il permet de dresser un portrait d’ensemble de l’état des rivières, de suivre les tendances dans le temps et de soutenir une lecture provinciale comparable entre les régions.
Il est important de rappeler que le Réseau-rivières ne vise pas à remplacer les suivis locaux réalisés par les organismes de bassins versants (OBV) et leurs partenaires. À l’échelle d’un bassin versant, quelques stations ne suffisent évidemment pas à répondre à tous les besoins de connaissance. Toutefois, à l’échelle du Québec, ces mêmes stations jouent un rôle fondamental. Elles offrent une vision globale, cohérente et structurée, sans laquelle il devient difficile d’avoir un regard d’ensemble sur l’état de nos cours d’eau.
Aujourd’hui, ce sont précisément cette continuité et cette cohérence qui suscitent des préoccupations. Le suivi de la qualité de l’eau repose actuellement sur une planification annuelle, souvent confirmée tardivement, avec des modalités et des financements renégociés d’une année à l’autre. Cette situation complique la planification des opérations sur le terrain, fragilise la continuité des séries de données et limite la capacité d’inscrire le suivi de l’eau dans une vision à moyen et long terme.
Cette réalité a des impacts concrets. Les Plans directeurs de l’eau (PDE), mis à jour récemment, reposent notamment sur la capacité de documenter l’état des cours d’eau, de suivre l’évolution des pressions et de mesurer les effets des actions mises en œuvre dans les bassins versants. Sans données continues et fiables, le suivi de l’atteinte des objectifs devient plus difficile, et la capacité d’ajuster les interventions en fonction des résultats observés s’en trouve affaiblie.
Au-delà des enjeux opérationnels, notre préoccupation porte sur les effets systémiques à moyen et long terme. Réduire l’acquisition de données ou en fragiliser la continuité comporte un risque réel pour la gouvernance de l’eau. Gouverner l’eau sans données suffisantes, c’est accepter de décider à l’aveugle. C’est limiter notre capacité collective à anticiper, à comprendre et à agir de manière éclairée.
Les données sur l’eau ne sont pas une fin en soi. Elles sont un outil au service des collectivités. Ce sont les citoyens et citoyennes, les municipalités, les élus et les élues, ainsi que les acteurs locaux et actrices locales qui vivent avec les conséquences des décisions prises, ou non prises, en matière de gestion de l’eau. Leur capacité à se concerter, à planifier et à agir repose directement sur l’accès à une information fiable et partagée.
Au Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ), nous croyons fermement que l’acquisition de connaissances doit être considérée comme un investissement essentiel, et non comme une variable d’ajustement. La surveillance continue des cours d’eau est une nécessité pour protéger nos ressources et soutenir des décisions éclairées. Le Réseau-rivières doit donc être pérennisé et protégé contre les aléas budgétaires afin de remplir pleinement sa mission, sans interruption, et de contribuer concrètement à un avenir résilient pour le Québec.
Mathieu Madison