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Boîte à outils sur la participation citoyenne

3.4 Pistes pour intégrer les acteurs communautaires à la démarche de gestion intégrée de l’eau par bassin versant (GIEBV)

Au cours de l’été 2013, le ROBVQ a dressé un portrait du secteur communautaire des OBV. Une liste de ces acteurs a été établie à partir des rencontres régionales, des résultats de différents sondages, de PDE, de listes des membres des conseils d’administration (CA) et de rapports annuels.

3.4.2 Les publics marginalisés

Les publics dits « marginalisés » ne sont généralement pas impliqués à la démarche de GIEBV. En effet, la participation des groupes marginalisés à des organismes comme les OBV s’avère un défi de taille, notamment parce qu’ils vivent en retrait de la société par la pauvreté, l’isolement, et des conditions de vie précaires.

Pourtant, l’enjeu de l’accès à l’eau, par exemple, les touche particulièrement. La privatisation des rives, ainsi que l’urbanisation et l’industrialisation du territoire entravent souvent l’accès aux écosystèmes et aux usages qu’en font les communautés. Les publics marginalisés de partout au Québec se trouvent généralement parmi les premiers affectés par cette situation. Or, de récentes études démontrent l’importance d’un contact régulier avec la nature pour assurer un mieux-être au sein de la communauté, et les impacts positifs pour une meilleure santé mentale.

Afin de mieux comprendre les besoins de ces populations qualifiées de « marginalisées », d’évaluer la pertinence de les intégrer à la démarche de GIEBV et, dans ce cas, d’orienter les actions à prioriser, il est judicieux de préciser ce qu’on entend exactement par exclusion sociale et marginalisation, souvent associées au phénomène de pauvreté.

L’exclusion sociale et la marginalisation

L’exclusion sociale prend plusieurs formes, et elle se vit dans les interactions sociales du quotidien, donc dans le rapport avec les autres. L’exclusion : « […] est un processus produit par des relations de pouvoir inégal exercé par des groupes privilégiés à l’endroit d’autres membres de la société » (1). Elle opère à travers des attitudes, des regards, des paroles, des comportements, des politiques, des lois.

Il s’agit d’une notion variable selon les époques et les lieux. Cependant, de nombreux chercheurs s’entendent pour dire qu’« […] il existe dans les sociétés modernes, quels que soient leur niveau de développement et l’idéal démocratique et égalitaire auquel elles se réfèrent, des processus qui aboutissent à l’exclusion d’une partie de la population ».(2)

Quant à la marginalisation, c’est un phénomène dynamique, un processus en mutation et en constante évolution sur lequel on peut agir pour réduire les inégalités et l’exclusion. Ce rapport au social peut être interprété comme l’envers de l’intégration, de l’assimilation ou de l’insertion sociale touchant autant les individus que les groupes. Ainsi, la marginalisation est un phénomène qui imbrique la détérioration des facteurs sociaux et économiques du milieu d’appartenance et du réseau relationnel. En fait, « c’est le cumul des ruptures dans ces différentes sphères qui indique le niveau de progression dans le processus de désinsertion sociale ».(3)

La marginalisation est souvent associée à l’univers de la pauvreté, qui sous-entend généralement la vulnérabilité, la précarité et la souffrance des personnes fragilisées. La marginalité en soit, c’est la différence, laquelle complexifie l’adaptation sociale et engendre l’exclusion.

Ouverture sur « l’Autre »

Sont marginalisés tous ceux qui sont, d’une manière ou d’une autre, mis à l’écart, dépossédés de tout pouvoir, dont le pouvoir citoyen. Les inciter à s’impliquer dans les OBV, si tel est leur intérêt, leur permet-il ainsi de reprendre possession, du moins en partie, de ce pouvoir citoyen si essentiel? Les associations de la société civile (comme les OBV) ont un potentiel démocratique intéressant, et leur dynamisme contribue à élargir l’espace démocratique d’une société « […] en créant des opportunités que les institutions politiques à elles seules ne peuvent fournir ».(4)

Pour faciliter le processus d’implication de personnes marginalisées, il se révèle enrichissant de prendre connaissance des moyens et stratégies empruntés par des organismes du secteur communautaire et des organismes des services sociaux. Par ailleurs, un OBV souhaitant intégrer ces publics peut transiger par des intermédiaires du milieu, un organisme communautaire, une municipalité ou un citoyen par exemple, avec lequel il collabore déjà et qui entretient des liens avec des personnes, groupes ou populations marginalisés.

Pour contrer ces deux phénomènes que sont l’exclusion sociale et la marginalisation, l’Assemblée nationale du Québec adoptait en 2002 la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale (5). À plus petite échelle, il est possible de les contrer en vainquant nos propres préjugés, et ceux des autres. À ce propos, Centraide a produit un document en 2011 pouvant alimenter la réflexion : « Un préjugé, c’est coller une étiquette. La lutte contre la pauvreté s’arrête là où commencent nos préjugés »(6).

Bibliographie

(1) Rapport du directeur régional de santé publique 2012. [En ligne] http://www.dspq.qc.ca/asp/detpublication.asp?id=5174. Consulté 21 juillet.

(2) Paugam Serge. L’exclusion, l’état des savoirs conférence du 13/12/96. [En ligne] http://www.serge-paugam.fr/l-exclusion-l-etat-des-savoirs–id5.html. Consulté 15 juillet.

(3) Roy Shirley. L’itinérance : forme exemplaire d’exclusion sociale. 1995. [En ligne]. http://www.erudit.org/revue/lsp/1995/v/n34/005232ar.html?lang=en. Consulté 20 juillet.

(4) Alain Noel. « Une loi contre la pauvreté : la nouvelle approche québécoise de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale » [En ligne] http://www.erudit.org/revue/lsp/2002/v/n48/007895ar.pdf. Consulté 31 juillet.

(5) Vous pouvez prendre connaissance de ladite loi en ligne à l’adresse suivante : http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=2&file=/L_7/L7.html.

(6) Le document est disponible en ligne à cette adresse : http://www.erudit.org/revue/lsp/2002/v/n48/007895ar.pdf.